J’dis ça, j’dis rien…

…mais je vais vous parler d’un grand homme qui se nomme John Ronald Reuel Tolkien et que l’on a pour habitude d’appeler simplement « Tolkien ». Il est né le 3 janvier 1892 à Bloemfontein, une ville d’Afrique du Sud dont la signification est « Fontaine de fleur » en néerlandais. Un nom poétique qui sied plutôt bien à un romancier pour qui la poésie n’avait pas de secret !

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Lorsqu’il lui prend l’envie d’écrire dans les années 1910, Tolkien invente ses textes et son univers autour de langues qu’il compose. C’est ce qu’il appellera son « vice secret » : pouvoir ainsi élaborer une langue construite de A à Z, avec son orthographe, son vocabulaire, sa grammaire, le tout porté par son imaginaire. Il en parlera d’ailleurs dans un essai intitulé « Un vice secret ». Oui…chacun son délire !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_vice_secret

Aucune langue ne sera véritablement achevée, mais deux d’entre elles ressortent tout de même du lot. Le Quenya (ou haut-elfique) des Elfes, Vanyar et Noldor installés en Valinor, et le Sindarin (Gnomique puis gris-elfique) qui représente  le langage des Sindar ou Elfes gris. Vous pouviez d’ailleurs, pour les plus courageux et passionnés d’entre nous, obtenir une initiation aux Tengwar (le système d’écriture : entendez par là, les lettres elfiques) durant le Bordeaux Geek Festival de cette année. Peut-être que notre professeur reviendra l’année prochaine ! En attendant, je vous conseille de potasser le livre ci-dessous afin d’être le meilleur de votre classe pour l’année prochaine !

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Avec la création de ces langues, Tolkien donnera naissance à un endroit qui fera vibrer plusieurs générations au travers de romans mais aussi de films. Un lieu qui trouve ses origines dans le terme « Middangeard » qui donnera plus tard « Middel-erde ou  Middellærd ou Midden-erde» puis « Middle Earth »…autrement dit en français, « La Terre du Milieu ». Dans la mythologie nordique, cela désigne aussi la terre des hommes, qui se trouve entre divers mondes où habitent des elfes, des géants, des dieux… le Migdard ou  Middenheim relié au monde des morts par le Bifrost (le pont de l’arc-en-ciel) dont vous verrez la version toute personnalisée dans le film Thor…hum.

Bercé de littérature germanique et de légendes nordiques, une des grandes influences de notre fumeur de pipe, reste William Morris dont les romances s’entrecoupent de poèmes…ce que nous retrouverons amplement dans les œuvres de Tolkien.  (Oooh oui, il y en a beaucoup !)

Voici un extrait de Nimrodel, apparu dans « Le Seigneur des Anneaux » :

« Il fut jadis une Elfe demoiselle,
Etoile brillante en journée :
Portait brodée d’or sa blanche mantelle
Ses chausses de gris argenté.

Une étoile était posée sur son front,
Sur ses cheveux un reflet doré
Comme le soleil sur les rameaux blonds
Dans la Lórien enchantée.

Ses cheveux étaient longs et ses bras blancs,
Et libre était-elle, et très belle ;
Et la feuille de tilleul dans le vent
Allait aussi légère qu’elle. (…) »

Au sein de cette fabuleuse Terre du Milieu, nous pouvons voyager et parcourir des terres très diverses  et enchanteresses : le Mordor (bon d’accord, pas très enchanteur comme endroit), Le Rohan, le Gondor, Nùmenor (île en forme d’étoile donnée aux hommes), le Rhovanion, l’Arnor et j’en passe ! Mais l’endroit qui a véritablement marqué le public est certainement « The Shire », « La Comté » en français et plus particulièrement Hobbiton…Hobbitebourg. C’est un peu l’endroit où beaucoup de gens rêveraient de se reposer : des étendues verdoyantes, des maisons aux jardins fleuris, une petite rivière, une ambiance festive et des tavernes avec de la bière ! Ce havre de paix où vivent les hobbits, semi-hommes aux pieds poilus, prend donc des allures de campagne anglaise.

Tolkien y met d’ailleurs des éléments qui lui sont chers. Amateur de pipe, il est donc tout à fait normal que le hobbit fume l’herbe à pipe et que Gandalf en soit très friand. C’est une plante fictive de la Comté à laquelle on donnera d’ailleurs des vertus assez proches du cannabis plutôt que du tabac…et après, on donne le destin du monde à ces gens-là ?

« Le silence et la fumée semblèrent irriter prodigieusement Saruman, et avant que le Conseil ne se dispersât, il dit à Gandalf : "Lorsqu'il est question de choses graves, Mithrandir, je m'étonne vraiment que tu t'amuses avec tes jouets de feu et de fumée, tandis que d'autres discourent avec ferveur." Gandalf rit et répliqua : "Tu ne t'en étonnerais pas si tu avais toi-même pris goût à cette herbe. Tu t'apercevrais que la fumée que l'on exhale vous éclaircit l'esprit et chasse les ombres. De toute manière, cela donne de la patience, et permet d'écouter sans colère les choses fausses." » Extrait « Contes et légendes inachevés », édité à titre posthume par son fils Christopher Tolkien en 1980.

 

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Mais il est un deuxième élément que Tolkien intègre au paysage du village de Hobbiton (outre son apparence so british). Durant son enfance, il vivra à Sarehole où se trouvait un moulin dont il gardera un souvenir nostalgique.

 

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Il le dessinera donc dans ses croquis et l’intègrera  à l’univers des hobbits :

 

 

 

 

 

 

 

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Peter Jackson, réalisateur de la trilogie du Seigneur des Anneaux, ne manquera pas de le refaire apparaître dans ses films :

 

 

C’est là que nous abordons un autre sujet très intéressant à propos de notre ami Tolkien !

En effet, tout homme normalement constitué se serait arrêté à l’écriture d’un beau roman. En plus de cela, nous avons vu qu’il savait aussi élaborer des langues. Mais me direz-vous…s’est-il arrêté en si bon chemin ? Non, évidemment ! Car Tolkien savait aussi très bien dessiner ! (Oui, toujours plus de talent en une seule personne). Peintures, dessins, aquarelles, calligraphies, croquis, cartographies…ne pas en parler, reviendrait à ne pas parler pleinement de son monde. Plus tard, en collaboration avec Peter Jackson, John Howe et Alan Lee travailleront ensemble à illustrer le texte de Tolkien et à mettre en image l’œuvre cinématographique qui donneront des séquences légendaires.

En voici quelques uns…pour le plaisir ! Certains y reconnaîtront des scènes et des personnages mythiques.

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Les croquis sont parfois juste intégrés dans une marge du texte (voir document ci-contre).  

                      

Tolkien plaçait aussi de minuscules tracés dans son texte : par exemple, s’il parlait de montagnes, afin de mieux les visualiser, il les dessinait à côté de leurs descriptions, l’une ayant un sommet plus pointu et l’autre plus arrondi…cet homme n’était pas dans l’excès, non, non, non !

 

 

 

Et tant que nous sommes lancés sur le chemin du perfectionnisme et de l’étrange, il me faut vous parler d’une autre de ses « manies » qui fera pâlir plusieurs d’entre vous et en particulier les écrivains. Il est tout à fait normal d’établir un plan lorsque l’on écrit un roman. Mais attention ! Le plan dont je vais vous parler dépasse tout entendement. Il s’avère que Tolkien déclinait le « voyage » de chaque personnage (ou groupe de personnages) dans un tableau qui était détaillé en lieux et…en heures ! Nous ne pouvons alors aucunement douté de la précision du récit et de son déroulement. Cela pouvait se passer ainsi : à 11h Frodon et Sam partent pour la montagne du Destin avec Gollum, alors qu'Aragorn, Gimli et Legolas parcourent les montagnes, et que Gandalf...eh bien que Gandalf fait des trucs de sorcier ! On remarquera tout de même quelques annotations rayées : Frodon et Sam pourront dormir plus tard, ils partiront vers 14h tandis qu'Aragorn, Gimli et Legolas n'ont pas cette chance et continuent de courir dans la montagne !

Mais s’il n’y avait que les heures…

Tolkien avait aussi besoin d’un autre détail et il écrivit notamment à son fils Christopher, ces quelques lignes :

« A ce stade il faut que je sache quel retard prend la lune chaque nuit quand elle se lève, quand elle est presque pleine, et comment faire un ragoût de lapin ! »

ah, je vous avais prévenu que ça dépassait tout entendement !

Nous arrivons à la fin de cet article. Il y aurait tant à dire sur Tolkien qu’il faudrait plus d’une vie pour tout en découvrir. L’œuvre du Seigneur des Anneaux (malgré de bons soutiens) fut à l’époque jugée comme paternaliste, réactionnaire, anti-intellectuelle, fasciste, ou plus simplement insignifiante (oui, tout ça pour une seule œuvre). L’absence de femmes lui vaudra aussi un caractère misogyne. Ursula le Guin (romancière américaine de science-fiction et de fantasy) dira de ce mouvement qu’il correspond à une« méfiance puritaine profonde à l'égard du fantastique ». Nous pouvons dire que, dans tous les cas, ces gens là étaient vraiment des visionnaires ! 

Mais très vite, Tolkien trouvera son public de rêveurs et d’amoureux de l’imaginaire. Il deviendra une référence…et le restera pour longtemps. Il a su, par sa plume, son imagination mais certainement aussi par sa minutie dont nous avons parlée plus haut, ouvrir les portes d’un monde fabuleux qui semble avoir existé et que nous aurions oublié. Il était donc là pour nous le remettre en mémoire et nous le remercions pour tous les romans composant cet univers exceptionnel.

Bon et puis regardez sa tête ! C’est le papi idéal…on ne peut que l’aimer !

 

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 « Tolkien a redonné vie à la fantasy ; il l’a rendue respectable ; il a fait naître un goût pour elle chez les lecteurs comme chez les éditeurs ; il a ramené les contes de fées et les mythes des marges de la littérature ; il a « élevé le niveau » pour les auteurs de fantasy. Son influence est si puissante et omniprésente que pour bien des auteurs, la difficulté n’a pas été de le suivre, mais de s’en dégager, de trouver leur propre voix […] Le monde de la Terre du Milieu, comme celui des contes de fées des frères Grimm au siècle précédent, est entré dans le mobilier mental du monde occidental. »

Tom Shippey

…mais, j’le dis quand même !

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